Les cierges dans le culte chrétien des 1ers siècles
La présence de cierges dans la liturgie est attesté très tôt dans l’histoire de l’Eglise au-delà d’un usage utilitaire, – l’éclairage des lieux – nécessaire dans les 1ers siècles. Nous pouvons apporter des témoignages : à la fin du 4ème siècle-début du 5ème, Egérie parle à plusieurs reprises, dans sa peregrinatio des cierges allumés dans les églises durant les cérémonies et les offices. Eusèbe de Césarée, dit qu’un si grand nombre de cierges avaient été allumés dans l’église, à la Vigile pascale, que la nuit se trouvait transformée en jour. Plus tard, saint Jérôme souligne que les cierges sont allumés durant la lecture de l’Evangile, non à cause de l’obscurité, mais en signe de joie.
A partir de ces témoignages et de bien d’autres, peu à peu les cierges ont symbolisé les paroles du Christ : « Je suis la lumière du monde » (Jn 9,5) d’où la place du cierge pascal dans la liturgie de la veillée pascale. Les fidèles entrent dans l’église à la suite du Christ ressuscité, signifié par le cierge pascal, qui nous redit sans cesse : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jn 8,12).
« La lumière est douce et il plaît aux yeux de voir le soleil » (Qohelet 11,7)
La lumière est l’une des réalités que l’homme de la Bible préfère. Elle l’éveille chaque matin à une vie nouvelle qui resurgit. Quand elle le quitte pour la nuit, il lui semble qu’il passe au royaume de la mort. Ainsi est-elle associée à la pensée de Dieu, à la vie, au salut, à la connaissance.
Dès l’ouverture de la Bible, la lumière, le premier élément crée, apparaît comme ce qui « fait être » les choses. La séparation de la lumière et des ténèbres laisse supposer que l’obscurité du « tohu bohu » était conçue en opposition à la lumière avec laquelle elle était à l’origine confondue. Par la suite et comme un écho qui traversera tout le livre saint, la lumière bienfaisante et joyeuse sera en totale incompatibilité avec les ténèbres menaçantes ou terrifiantes.
L’apparition graduelle de la lumière à la pointe du jour fait surgir les formes, précise les dimensions et les profondeurs, leur apporte couleurs, éclats, mouvement et vie. Alors seulement tout est prêt pour l’apparition de l’homme. Ainsi cette première page de la Genèse nous offre-t-elle une profonde signification anthropologique et spirituelle ; chaque matin, à l’aide de la prière des Laudes, nous sommes invités à en refaire l’expérience.
Indépendante des « luminaires du jour et de la nuit », la lumière n’en est pas moins une simple créature de Dieu d’où toute résonance mythique est exclue. Elle accompagne Dieu et même le revêt, selon la belle expression des psaumes. Elle désigne le reflet de sa gloire.
La lumière est liée à l’image de la vie, aussi est-ce tout naturellement que dans la première Alliance, Loi et connaissance sont considérées comme une lumière éclairant la route de l’homme. Mieux encore, Dieu lui-même sera la lumière des siens et la nuit n’existera plus dans le Royaume de Dieu.
A l’aube de la Nouvelle Alliance, Jésus se présente lui-même clairement : « Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de vie. » (Jn 8,12)
Les chrétiens appelés des ténèbres à la merveilleuse lumière pascale de leur Maître,
deviennent eux-mêmes « lumière du monde » et reçoivent pour mission de « briller comme des foyers de lumière dans ce monde ». (Ph 2,15)
Ce survol biblique de la lumière est nécessaire pour pénétrer la symbolique des cierges dans la liturgie chrétienne. Dès l’antiquité chrétienne, nombre de témoignages attestent la présence de cierges allumés dans les célébrations liturgiques, bien au-delà de toute nécessité pratique. Ils précèdent le ministre qui préside l’Eucharistie au Nom du Christ ; ils accompagnent le diacre pour la proclamation de l’Evangile ; ils brûlent sur l’autel et sont un signe de joie et de fête durant la célébration. Au cours des rites d’initiation, un cierge allumé est remis au néophyte après l’avoir allumé au cierge pascal. Plus tard, on établit l’usage d’une lampe qui brûle et se consume devant la réserve eucharistique indiquant une présence, et en signe d’adoration et de prière. Les cierges allumés durant les veillées funéraires sont une expression de vénération envers la dépouille mortelle d’un baptisé. La procession aux flambeaux ajoute au symbolisme du pèlerinage celui de la foi et de la vigilance. En la fête de la présentation de Jésus au Temple, les cierges évoquent le Christ « Lumière qui éclaire les peuples », tel que le vieillard Syméon le désigne dans l’épisode évangélique du jour.
Ainsi les multiples sens de la lumière s’entrelacent dans la liturgie et le culte. Mais le cierge pascal, parmi tous les symboles liés à la lumière est chargé de significations des plus fortes et des plus riches : il symbolise le Christ ressuscité. Il l’est d’abord par l’ampleur de ses dimensions, de 0,70cm à 1,20m de hauteur. Il l’est aussi par la noblesse de sa matière : l’emploi de la cire d’abeille est de tradition très ancienne dans l’Eglise et de stricte obligation. La cire doit être blanche. La solennelle annonce de la résurrection du Christ lors de la veillée pascale, appelée « Exultet », chante :
« Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père saint, en sacrifice du soir, la flamme montant de cette colonne de cire (le texte d’origine en latin ajoutait ici : produit par les abeilles ) que l’Eglise t’offre par nos mains. »
Au commencement de la veillée pascale, le cierge pascal est allumé au feu nouveau, béni et encensé. Il symbolise le Christ ressuscité, lumière du monde. Chacun des fidèles présents allume son cierge à la lumière du cierge pascal, signe que la lumière du Christ est pour tous et se transmet de croyant à croyant à partir du Christ lui-même.
La procession se met en marche derrière le cierge pascal, au chant de l’acclamation :
« Lumière du Christ « ». Pendant le cinquantenaire du temps pascal, le cierge sera allumé pour toutes les célébrations liturgiques pour indiquer la présence du Ressuscité au milieu des siens. Il accompagnera la vie de l’homme, du baptême aux funérailles parce que le Christ est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.
La petitesse de la flamme sur le cierge pascal peut sembler ridicule et pourtant elle dissipe les ténèbres, la nuit est irrémédiablement vaincue. D’autre part chacun peut allumer son cierge au cierge pascal sans que la lumière de celui-ci diminue, c’est le miracle du Ressuscité, le déjà et le pas-encore de la gloire symbolisée. Nous sommes habités par le Christ vivant mais il faut le laisser transparaître en nos vies. La colonne de feu qui ouvrait la marche des Hébreux au désert rayonnait sur les visages du peuple de Dieu, avec le Christ c’est la sève nouvelle, le printemps de Dieu, la lumière du Ressuscité qui se répand.
Depuis 1883 chez le Bénédictines d’Urt
A la fondation du monastère en 1883, nos 1ères sœurs, dans l’obligation de subvenir à leurs besoins, firent démarrer modestement une ciergerie qui fonctionne toujours.
Aujourd’hui encore, le combat pour vivre la vocation bénédictine alliant prière et travail persiste avec la même acuité. La difficulté porte désormais sur la concurrence commerciale qui déborde nos objectifs et qui peut occulter la belle réalité du symbole liturgique qu’est le cierge.
Nous tenons à conserver le procédé de fabrication artisanale des cierges par trempages ou arrosages successifs aussi accordons-nous la plus grande importance à la qualité de la matière première ainsi qu’à celle de la mèche afin d’obtenir un cierge digne d’être liturgique dans sa consistance et son apparence.
Ici une spécificité locale mérite d’être signalée : celle de la « cire filée » (en basque ezkoa). La cire filée est un emblème de la vie éternelle qu’elle symbolise en même temps par sa lumière et par sa longueur qui semble infinie. On n’en faisait usage que dans les cérémonies religieuses liées aux défunts, pour affirmer la vie. Son utilisation était réservée à la femme, qui donne la vie, l’entretient, manifeste encore sa présence au moment du passage de la vie à la Vie, et continue de cultiver le souvenir du disparu.
Usage actuel des cierges
Dans la liturgie, chaque fois que la comm
unauté chrétienne se réunit pour célébrer, on allume les cierges au-delà de toute exigence fonctionnelle :
- sur l’autel pour la célébration de l’Eucharistie pour en enrichir le symbolisme, au cours de celle-ci, les cierges sont portés pour honorer la proclamation de l’Evangile.
- le cierge pascal, allumé et béni au début de la veillée symbolise le Christ ressuscité, lumière du monde. Il accompagnera, au cœur de la foi, la vie de l’homme de son baptême à ses funérailles parce que le Christ est l’Emmanuel, Dieu avec nous.
Lors du rite baptismal, on remet au néophyte (où à ses parents) un cierge allumé au cierge pascal. A la profession de foi, le jeune renouvelle les promesses baptismales avec le cierge allumé.
Les cierges allumés durant la veillée funéraire ou les funérailles, outre qu’ils se rapportent au thème du cierge pascal, sont un signe de vénération envers la dépouille mortelle.
De ceci ressort l’importance de renouveler ce cierge à chaque veillée pascale pour que son symbolisme soit clairement et dignement signifié.
La fabrication
La matière du cierge et sa provenance sont d’une grande importance. L’emploi de la cire d’abeille pour le luminaire liturgique est de tradition très ancienne dans l’Eglise et de stricte obligation. La cire doit être blanche.
Contrairement à la majorité des fabricants actuels, nous tenons à conserver la fabrication artisanale des cierges par trempages successifs afin d’obtenir un résultat de qualité, qui est remarqué et apprécié par beaucoup lors des célébrations. De plus leur décoration est individuelle et personnalisée. Tout cela a sa source dans un climat de prière. De ce fait, chaque cierge destiné à une communauté chrétienne donne l’occasion de porter les intentions de celle-ci et de son pasteur dans le secret du cœur. Dernièrement, un prêtre venu à la ciergerie avec une laïque, lui faisait remarquer l’importance qu’une communauté chrétienne paroissiale ait le souci d’aider une communauté monastique à vivre, tant dans un sens propre que figuré.
Nous savons combien la fidélité de nos clients est importante pour notre subsistance et nous sommes très reconnaissantes à chacun d’eux.
30 janvier 2010
